L'Histoire des Hommes qui ont fait l'Algérie !

Le 12 avril 1958, deux joueurs algériens, Mokhtar Arribi (Lens) et Adbelhamid Kermali (Olympique lyonnais), vont à la rencontre de la star de Saint-Etienne, qui règne à l’époque en maître sur le championnat français, Rachid Mekhloufi, à la veille d’un match contre Béziers, et lui disent : "Demain, on s’en va". Rachid Mekhloufi ne rechigne pas. Le 14 avril, les trois compères prennent la tangente, direction la Suisse, puis l’Italie, et enfin la Tunisie, où ils doivent constituer l’équipe du Front de libération nationale (FLN). Ils seront 10 à rallier Tunis en catimini, entre le 12 et le 14 avril 1958, puis d’autres fournées suivront. En tout, une trentaine de joueurs rejoindront l’équipe du FLN pour servir de porte-voix au Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Français : "Réveillez-vous"

En France, la disparition simultanée et massive des joueurs algériens ne passe pas inaperçue. D’autant que l’équipe de France se prépare à la Coupe du monde qui doit se dérouler en Suède quelques semaines plus tard, et compte embarquer dans ses bagages Mustapha Zitouni et Rachid Mekhloufi. La presse de l’époque titre en grosses manchettes sur la fuite des joueurs algériens. Opération réussie pour le FLN qui voulait faire un coup médiatique pour défendre la cause de l’Indépendance. "En général, à cette époque rares étaient les gens qui savaient qu’il y avait une guerre en Algérie (…) c’était le black-out", explique Rachid Mekhloufi dans un entretien vidéo réalisé par Génériques. C’était une action politique pour dire au peuple français : "Réveillez-vous ! Il y a une guerre qui est en train de se dérouler !" C’est un ancien footballeur, Mohamed Boumezrag (Bordeaux, Le Mans), qui a organisé la fuite des joueurs, et fondé l’équipe du FLN. Il eut l’idée de mettre sur pied cette équipe dès son retour des Jeux de l’Amitié organisés à Moscou en 1956.

Les autorités françaises font pression sur la FIFA et obtiennent l’interdiction de l’équipe du FLN, Interdiction que beaucoup de pays bravent et permettent à l’Algérie d’effectuer plus de 90 matchs, notamment dans les pays de l’Est de l’Europe et en Asie, pour faire connaître la cause algérienne. Cerise sur le gâteau, le FLN Tour a aussi permis a l’Algérie de réaliser de belles victoires, dont la plus marquante reste celle face à la Yougoslavie par 6 à 1. "Nous étions militants, nous étions révolutionnaires (…) C’était nos plus belles années", se rappelle Mohammed Maouche, l’un des joueurs. Figure de la révolution algérienne, Ferhat Abbas eut pour sa part cette phrase à l’adresse de l’équipe du FLN : "Vous venez de faire gagner dix ans à la cause algérienne."

Le pays avant tout

1958, la « guerre d’Algérie » bat son plein, une douzaine de joueurs algériens, dont Rachid Melkoufi, quittent la France pour rejoindre la Tunisie où s’est installé le FLN (Front de Libération National algérien). Pendant quatre ans, jusqu’en 1962, ils seront les meilleurs représentants de leur pays à l’extérieur. Durant cette période, faite de match amicaux et de tournées dans les pays amis, l’équipe du FLN deviendra un emblème de l’indépendance. Celle-ci acquise, Rachid Mekloufi vas rejoindre Saint-Etienne, le club de son cœur avec qui il était toujours sous contrat. Mais pour avoir joué dans l’équipe du FLN, Mekloufi ne put revenir en France immédiatement. Il fut donc engagé au Servette de Genève, dont l’entraîneur était l’ancien stéphanois, Jean Snella. Il put ainsi faire une période de transition avant de revenir en France. Au Servette, il apporta un titre de champion suisse.

C’est en décembre 1962, dans un climat tendu, qu’il rejouera son premier match avec les Verts, premier ballon, premier « gri-gri », le public est (re)conquis et fête avec joie le retour de son idole. L’année suivante, nouveau titre de champion de France, Rachid joue désormais milieu de terrain, organise davantage le jeu pour ses jeunes partenaires, Herbin, Larqué ou Revelli. Saison 1966-67, c’est la consécration pour l’enfant de Sétif qui remporte son troisième titre de champion et est sacré meilleur joueur du championnat de France. Nouveau titre en 1967-68 et pour son dernier match sous le maillot vert, en finale de la Coupe de France face à Bordeaux, Mekloufi réalise un doublé (victoire de Saint-Etienne 2 à 1). Puis il quitte les Verts qui vont le remplacer par un certain Salif Keita.