Titre - Echo de Saïda 

En 1913, l'imprimerie de l'Echo de Saïda fut achetée par M. François Favier, Maître imprimeur venant du "Progrès de Sidi-Bel-Abbès". L'affaire fut assez rapidement conclue car "L'Echo de Saïda", mal géré par M. Durand, beau-frère de M. Muselli, maire de Mascara et créateur du journal périclitait de jour en jour. M. François Favier était marié et avait trois enfants : Georges, Marcel et Odette. Au début, la famille ne prit possession que de l'imprimerie et du petit appartement qui jouxtait l'atelier sur la rue Schenck. La librairie-papeteriesur l'avenue Gambetta ne fut créée que plus tard. Ces lieux étaient alors occupés par un atelier de couturière : Mlle Irma Margot...

Il faut se rappeler le contexte et la sévérité de la vie alors : en 1913, bien que les lignes électriques soient placées, l'éclairage public et dans les maisons ne se faisaient qu'à la lampe acétylène, et donc pas de force motrice pour faire tourner les moteurs. C'était une conséquence de la pénurie en mazout et d'une période de restrictions qu'il y eut avant et pendant la grande guerre. Il fallait donc actionner les grands volants des machines à la main et les petites imprimantes tournaient plus ou moins allègrement à la force du mollet par une pédale plate comme se servaient nos grands-mères sur leurs machines à coudre.

Malgré tous ces handicaps, M. François Favier s'attèle à la tâche, aidé par un ouvrier typo qui était déjà sur place : M. Jules Del Castillo et un certain M. Jules X. La guerre n'épargne personne et M. Favier est mobilisé sur place aidé par un ou deux légionnaires. Marcel et Georges dès la sortie de l'école étaient employés à l'atelier et ont grandi dans ce climat de sacrifices, d'opiniâtreté et de labeur toujours recommencé. Composteurs à la main pour placer les lettres en plomb, charger les cases, tourner les volants, encrer les plateaux ou fabriquer les rouleaux, il fallait savoir tout faire pour que l'Echo de Saïda paraisse tous les samedis matin. Plus tard, il a paru le jeudi.

Cependant après la guerre 14-18, M. Favier modernise son atelier et achète deux nouvelles machines qui permettent un plus grand tirage et une plus grande rapidité, ainsi qu'un massicot, appareil à couper les rames de papier à la dimension voulue. En 1939. Marcel Favier est mobilisé, Georges continue à la rédaction et à l'imprimerie. Mesdames Favier Marcel et Georges s'occupent de la librairie-papeterie, des commandes et de l'expédition des journaux à travers le département. En 1942, M. François Favier père se retire et passe l'affaire en pleine expansion aux enfants. Il devait décéder peu après ainsi que son épouse, entourés par l'affection de leurs enfants et petits-enfants.

Malgré les restrictions de papier, l'Algérie étant coupée de la Métropole, l'Écho de Saïda continue de sortir le jeudi et l'imprimerie tourne à fond pour toutes les administrations civiles et militaires ainsi que pour les particuliers. Sa notoriété dépasse l'arrondissement et va jusqu'aux confins du département avec Colomb-Béchar et Kénadza. Le personnel comprenait : Marcel Favier, Directeur-administratif; Georges, rédacteur et imprimeur; Charles Yédra, maître typographe; Labboz André, Michel Sylvain et moi-même, typos; Djillali au massicot et Michel Félix relieur avec Jean Garcia. Après la guerre, cette équipe a été remplacée par une autre avec jusqu'à l'exode : Marcel et Georges aux commandes; René le fils de Marcel qui aurait dû prendre le relais, et d'autres typos dont le nom m'échappe, mais toujours sous l'autorité bourrue de Charlot Yedra.

La population de Saïda ne pourra jamais oublier l'Echo de Saïda journal-hebdomadaire qui nous unissait tous par ses nouvelles, ses annonces, ses carnets de naissances, de mariages et de décès, ses échos et les compte-rendus de toutes les manifestations de l'arrondissement. Le dernier hommage que nous pouvions lui rendre -grâce à la bienveillance des héritiers Favier- est de conserver notre bulletin trimestriel en lui gardant le nom de "L'Écho de Saïda". Qu'ils en soient remerciés...


Extrait du Mémorial de Saïda édité par l'Amicale des Saïdéens en 1993