Un diplomate britannique : «L’attaque chimique en Syrie est une manipulation»

10 Apr, 2017 | 05:41  |  3
Peter Ford : «Les informations sur Idlib proviennent de l'opposition syrienne». D. R.

Peter Ford : «Les informations sur Idlib proviennent de l'opposition syrienne». D. R.

L’ancien ambassadeur de Grande-Bretagne à Damas, Peter Ford, fin connaisseur du dossier Syrien et un des plus grands experts du Proche-Orient, rejette toute implication de la Syrie ou de la Russie dans l’attaque chimique ayant ciblé la province syrienne d’Idlib, il y a quelques jours. Dans un entretien accordé à la chaîne britannique d’information en continu Sky News, Peter Ford s’est posé la question de savoir à qui profitait ce crime. Selon lui, il n’y a aucun doute que ni le régime syrien et encore moins les Russes aient un quelconque intérêt à commettre un tel acte, considérant que l’hypothèse que l’un ou l’autre seraient derrière une telle horreur est «très improbable». L’ancien ambassadeur britannique en Syrie évoque plusieurs possibilités qui permettraient de lever le voile sur ce crime odieux. Peter Ford n’écarte, effectivement, pas l’idée que toutes les informations qui circulent autour de cette attaque soient fausses, précisant que les images, les vidéos et les informations sont toutes relayées par des sources proches de l’opposition syrienne et n’émanent pas de journalistes professionnels indépendants et crédibles.

L'ancien ambassadeur estime qu’il serait également possible que les images en question montrent, en réalité, une scène d’un bombardement qui aurait éventuellement ciblé un dépôt de munitions chimiques appartenant à un groupe terroriste. «Nous savons de source sûre que les groupes terroristes stockent des armes chimiques dans des écoles dans la zone est d’Alep, un fait vérifiée par un grand nombre des journalistes occidentaux», a révélé Peter Ford, soulignant qu’il s’agissait, là, d’une autre hypothèse «pour mieux comprendre les dessous d’un acte visant à faire basculer la position de l’administration américaine sur le dossier syrien».

A la question de savoir si ce genre d’informations constituerait une opportunité pour les partisans d’une intervention militaire contre le président syrien Bachar Al-Assad, le diplomate britannique a clairement indiqué que l’Occident «n’a visiblement pas retenu la leçon de la prétendue existence d’armes de destruction massives en Irak». Pour Peter Ford, «les partisans de l’interventionnisme [militaire] sont comme des chiens qui reviennent à leur propre vomi». «Ils ont commis toutes ces erreurs en Irak, en Libye, etc., et ils ne retiennent jamais les leçons ; ils veulent reproduire le même scénario en Syrie», a-t-il soutenu, dégoûté par la politique syrienne de l’Occident.

Peter Ford s’est interrogé, par ailleurs, sur le timing de l’attaque d’Idlib par rapport à l’annonce faite par la Maison-Blanche sur sa stratégie en Syrie, mettant en tête de ses priorités l’éradication du mouvement terroriste Daech. Peter Ford a laissé entendre que la question du remplacement du président Al-Assad ne devrait pas être posée à l’heure actuelle, car, selon lui, «il s’agit d’un régime séculier qui protège les minorités, les chrétiens, les droits des femmes, etc.». «Je ne pense pas que les islamistes puissent constituer une alternative, ni hier ni aujourd'hui», a insisté Peter Ford, en précisant que «tout ce matraquage relève indiscutablement d’une logique médiatique à deux vitesses».

De Londres, Boudjemaa Selimia