Selon Philippe Cohen-Grillet qui publie sa contre-enquête sur l’attentat au ,Bataclan Paris, Bernard Cazeneuve était au courant  conçu dès 2009 la préparation d'une attaque terroriste  contre la salle parisienne. La justice française a laissé l’affaire en 2012. 

Le terroriste belge  Farouk Ben Abbes,assigné à résidence à Toulouse, n’évoque pas grand chose dans l’opinion publique belge. Celui des frères Clain, un peu plus, car c’est eux qui ont revendiqué, en chanson, les attentats de Paris. Il y aussi Dude Hoxha, Farid Benladghem ou encore Mahdi Maaroufi. Tous ont la particularité de faire partie de la djihadosphère franco-belge et d’avoir été impliqués, de près ou de loin, le 22 février 2009 dans l’attentat qui a coûté la vie au Caire à une jeune Française de dix-sept ans, Cécile Vannier.

 

Depuis plusieurs mois, le journaliste Philippe Cohen-Grillet ne lâche pas le morceau : il est convaincu que cette cellule, mobilisée à l’époque dans la bande de Gaza pour le compte de l’Armée de l’islam, avait aussi dès 2009 dans son viseur le Bataclan de Paris. Il l’écrit avec beaucoup de conviction et l’appui de documents confidentiels dans un livre qu’il vient de publier chez Plein Jour à Paris : “Nos années de plomb”.

 

Or Farouk Ben Abbes a bénéficié d’un non-lieu dans cette affaire en 2012, et le juge qui a pris cette décision, estimant qu’il n’avait pas assez de preuves, n’est autre que Christophe Teissier, le patron de l’enquête sur les attentats de Paris.

 

Né à Uccle en 1985, naturalisé Belge deux ans plus tard, Ben Abbes est apparu dans les viseurs de la justice franco-belge en 2006 dans la filière de djihadistes vers l’Irak, dite “Artigat”, du nom du village où sévit son gourou d’origine syrienne, Olivier Corel. Il réapparaît dans ce dossier égyptien en 2009. Arrêté au Caire, il affirme - sous la torture, dit-il - qu’il prépare un attentat contre le Bataclan à Paris. Motif : cette salle a accueilli des soirées organisées en soutien au MAGAV, la police israélienne des frontières.

 

De leur côté, les policiers et juges belges ont bien travaillé, et fourni à leurs consorts français d’épais dossiers, auxquels Philippe Cohen-Grillet a eu accès.

 

Pour le journaliste, il apparaît que Madhi Maaroufi, un Anderlechtois proche de Ben Abbes et de Fabien Clain (qui a aussi habité en Belgique à partir de 2003) est un “protagoniste clé” de cette mouvance qui a été négligé “de manière stupéfiante” par la justice française. « Il avait été repéré très tôt par la Sûreté de l’Etat belge », nous dit Philippe Cohen, « qui lui impute un projet d’attentat contre un bâtiment de la Communauté européenne et un Sheraton. C’est lui qui avait présenté Ben Abbes aux frères Clain ».

 

En juin 2009, des policiers fédéraux belges ont acquis la quasi-certitude que Maaroufi pourrait bien être l’ « Abou Mohamed » qui, selon les policiers égyptiens, devait préparer l’attentat en France avec Farouk Ben Abbes et un certain « Abou Bilal », résidant également en Belgique. Dans un Pro Justitia, que cite l’auteur, la police fédérale belge estime que Mahdi Maaroufi occupe une « place centrale » car c’est lui qui a payé le voyage de Ben Abbes en Egypte et qu’il utilise une adresse mail au nom de « Aboumohamed ».

 

Mais l’enquête française sur cet éventuel projet d’attentat au Bataclan conclura en 2012, après trois ans d’enquête, à un non-lieu. Et Madhi Maaroufi n’a pas été inquiété. « Il a disparu de la circulation », affirme l’auteur.

 

Le journaliste épingle aussi « le monumental fiasco judiciaro-policier qui a permis aux frères Clain de baguenauder à leur guise dans l’Hexagone durant trois ans, de 2012 à 2015, avant qu’ils ne parviennent à mettre les voiles pour la Syrie, d’où ils se sont pourléchés du bain de sang du 13 novembre dans leur message de revendication ».

 

Il ajoute : « Je me refuse à réécrire l’histoire et je ne m’aventurai pas à affirmer que les attentats du 13 novembre, notamment le bain de sang du Bataclan, auraient pu être évités. Il est en revanche patent et indiscutable que les investigations menées entre mai 2009 et septembre 2012 n’ont pas été à la hauteur de la menace, bien réelle que constituait ce projet terroriste ». 

 

"Nos années de plomb" est un ouvrage à charge, où l'on aurait voulu entendre la voix des magistrats. L’auteur a écrit ce livre pour Cécile Vannier et pour ses parents. Il estime que les victimes du terrorisme ont droit à plus de transparence en France. “La guerre contre le terrorisme a besoin du secret”, admet le journaliste qui a collaboré à Paris-Match, au Figaro, au Canard Enchaîné et à Médiapart. “Mais lorsqu’il a des erreurs sur des éléments du passé, on doit pouvoir reprendre”. L’enquête sur l’attentat du Caire (24 000 pages) n’est toujours pas clôturée tandis que le dossier du Bataclan ( 6000 pages) est “consultable” par les juges chargés des attentats de Paris.

 

--> « Nos années de plomb », Du Caire au Bataclan : autopsie d’un désastre, par Philippe Cohen-Grillet, éditions Plein Jour, Paris, octobre 2016.