Ecrit par Mohsen Abdelmoumen
Ces derniers jours, la totalité des journaux et des différents médias français, allant de France 24 à La Croix, remettent une fois de plus sur la table le bon vieux «qui-tue-qui» avec la version du général Buchwalter, fin connaisseur de la guerre psychologique, disparu depuis ses assertions. Le juge Marc Trévidic a égaré sa combativité dans le dossier Karachi, mais semble avoir découvert le saint Graal chez nous. Dans sa vision de la justice, qu’il résumait au cours d’une interview grotesque accordée à Rue 89 et où il s’identifiait à un cow-boy à la poursuite des Indiens, opposant les cow-boys (les bons, dont lui) aux Indiens (les mauvais ou les terroristes islamistes), le juge Trévidic croit sans doute que l’Algérie est un territoire indien peuplé de Sioux, de Cheyennes, de Cherokees ou d’Apaches. Nous relevons au passage le mépris que cet étiquetage abject comporte à l’égard des nations amérindiennes ainsi associées aux terroristes, et qui en dit long sur la mentalité de ce représentant de la justice française. Tous les médias français nous réservent donc le même plat ad nauseam, alors que nous le pensions définitivement abandonné depuis le documentaire-choc consacré aux sept moines de Thibérine de Malik Aït-Aoudia et Séverine Labat, qui donnaient pour la première fois la parole à des témoins-clé ayant assisté aux derniers moments des moines, permettant enfin de lever le voile sur la vérité en livrant la version la plus plausible de leur mort. Rappelons que le préfet Marchiani, diligenté par Pasqua, avait négocié avec les terroristes en envoyant des émissaires sans en informer l’Algérie et que l’exécution des moines découle directement d’un règlement de comptes entre Juppé et Chirac. La cause de l’assassinat des moines est imputable aux politiciens français, Juppé à leur tête, et à nul autre. Pourquoi diable Marc Trévidic, le Torquemada français, n’a-t-il pas jugé bon d’entendre Juppé, Marchiani, Chirac, impliqués jusqu’au cou dans cette sombre affaire, ou les réalisateurs du documentaire qui ont révélé les faits, ainsi que les nombreux témoins oculaires ? Quels sont les nouveaux éléments en possession de ce juge français qui s’ingère maintenant dans une affaire algérienne ? Aucun ! Il ne nous manquait qu’un cow-boy sur son cheval blanc, un juge Roy Bean représentant «La loi à l’ouest du Pecos» made in France. Nous nous posons cependant des questions : la visite de Delanoë à Alger coïncidant avec celle de Trévidic est-elle un pur hasard ou obéit-elle à un agenda précis, et si oui, à quelles fins ? Qui a intérêt à affaiblir l’image de notre armée, en voulant l’incriminer coûte que coûte dans la mort des moines ? Quand il s’agit de l’Algérie, les anciens démons coloniaux resurgissent. Les islamistes sont considérés comme terroristes en France, mais chez nous, non. C’est l’armée qui a tué, à moins que le peuple algérien n’ait développé une tendance marquée pour le suicide collectif. Nier l’évidence est devenu une spécialité française, comme nous l’avons vu au sujet de notre guerre de Libération nationale qu’ils ont nommée «événements d’Algérie» jusqu’en 1999. Mais quand donc ce cirque cessera-t-il ? Allons-nous subir encore longtemps l’épée de Damoclès que le régime français et certains cercles suspendent éternellement sur nos têtes ? Est-ce donc une fatalité ? Non ! Nous en avons par-dessus la tête des accusations mensongères de la France et nous ne croyons à aucune de ses versions concernant le terrorisme, quand elle échoue lamentablement dans tous les cas de négociations avec les terroristes. Il suffit de voir la mine dégoûtée des quatre otages récemment libérés contre rançon, comme d’habitude, et qui ont refusé de parler à la presse lors de leur retour en France, malgré les encouragements d’un Hollande autosatisfaits venu les accueillir, sans parler des circonstances nébuleuses ayant entraîné la mort des deux journalistes au Mali et dont les services français détiennent le secret. Pourquoi la France a-t-elle besoin de fossoyeurs comme le zouave Trévidic et les médias couchés qui sont passés maîtres dans l’art d’enterrer, d’un côté, les affaires gênantes comme celles de Karachi, Lagarde, Tapie, Woerth, Bettencourt, les «fadettes», Guéant, les frégates de Taïwan, le Rwanda, etc., et d’autre part, s’empressent à déterrer, tels des profanateurs de cimetières indiens, certaines affaires qui impliquent des Etats tiers dans le but de peser sur l’échiquier politico-économique de ces mêmes Etats ? Cela s’appelle tout simplement instrumentaliser la Justice à des fins politiciennes. Cela suffit ! Nous demandons solennellement à la France d’enlever ses sales pattes de notre Armée et de cesser de s’immiscer dans nos souffrances passées, alors qu’à l’époque, elle exerçait un blocus criminel à l’encontre de notre pays pendant que nous combattions le terrorisme, et nous exigeons de ceux qui complotent à l’intérieur de notre patrie de laisser le peuple tranquille ; il n’a rien demandé, qu’on lui fiche la paix ! Nous lançons une prophétie : les relations entre la France et l’Algérie ne seront jamais normales, car elles concernent un ex-pays colonialiste devenu néo-colonialiste à l’égard de ce qu’il a toujours appelé une nation de ratons, de bougnoules ou, dixit Marc Trévidic, d’«Indiens» ! Rien n’apaisera le lourd passif entre nos deux pays ; pas même le temps. Les Algériens, contrairement aux Français face à leur propre histoire, ne sont pas amnésiques et ne tourneront jamais la page. Et si un responsable de chez nous touche à cette règle d’or, il s’en mordra les doigts et se brûlera les ailes. Que Delanoë reparte au quartier du Marais jouer à la Cage aux folles, nous n’avons rien à faire avec lui. Quant au juge Trévidic, préoccupé de son image de «justicier», qu’il enfourche son cheval pour retourner à la chasse de ses propres indigènes, en n’oubliant pas que sa contradiction majeure réside dans sa mission même, à savoir que les terroristes islamistes, qu’il nomme «Indiens», existent réellement sur le territoire français et américain, quand chez nous, lors de notre tragédie de sang, ils n’auraient été, d’après lui et le régime français, qu’une émanation de l’esprit. En déterrant nos morts sur notre propre sol, ce juge néo-colonialiste nous refuse notre deuil légitime. Etrangement, le traitement de cette information n’a entraîné aucun article de fond et nous ne savons rien sur le travail qu’il a accompli. Nous savons par contre qu’il n’a obtenu aucun élément nouveau et que la piste d’incriminer l’armée algérienne a été privilégiée dès le départ. Qui lui a permis cette visite purement politicienne ? Le retour en force de cette affaire obéit à un agenda tout aussi politique, au moment où le Président algérien se fait ridiculiser par Alain Ruquier, un animateur guignol pique-assiette du Paris bobo, et son assistance de débiles mentaux qui reçoivent sans doute une prime à chaque rire hystérique, «Asinus asinum fricat» (l’âne frotte l’âne), sans que notre ministère des Affaires étrangères ni aucun organisme d’Etat rispote. Tout le monde continue à dormir, amorphe, quand on ne remercie pas ce Ruquier sur les réseaux sociaux, y compris de la part d’Algériens tout contents de voir leur Président se faire insulter par un énergumène adepte des translesbiennes et des gays. Voilà où nous en sommes, et on se demande si un animateur algérien oserait en faire autant à l’égard du président français qui, pourtant, est la risée de la planète entière, lui qui, entre autres, ne parvient même pas à marcher droit sur un tapis rouge. Trahir le serment des martyrs nous a fait échouer dans les bas-fonds d’un Paris en déclin, miné par le chômage, déboussolé, peuplé de SDF, capitale d’un pays dont le président Hollande est le plus impopulaire de la Ve République. Les intérêts antinationaux et certaines forces obscures accueillent le maire de la capitale française ainsi qu’un juge instrumentalisé par les cercles hostiles à l’Algérie, invité d’honneur auquel on sert comme menu l’honneur de notre armée qui n’arrête pas de combattre le terrorisme, contrairement à cette France championne du monde dans le payement des rançons. Sommes-nous dans une autre dimension pour voir le président algérien conspué et ridiculisé par une horde de dégénérés franchouillards alors qu’il reçoit le maire d’une ville incapable d’offrir même la mie de pain à ses citoyens, et qu’il accueille à bras ouverts un cow-boy pour enquêter sur notre armée, et donc sur notre souveraineté nationale ? Si Delanoë, dont on connaît les frasques, est la caution de la France de Hollande pour la présidentielle, on peut dire que le juge Trévidic en est le bonus et nul ne sait qui va siffler la fin de cette récréation qui nous ramène vers une Algérie qui ne correspond pas aux attentes populaires ni au patriotisme qui, lui, est bien ancré dans le cœur de notre peuple. Alors, de grâce, ceux qui ne saisissent pas le message du peuple algérien réclamant un Etat fort et des hommes d’Etat fermes, stoppez les magouilles, quittez le bateau avant que n’arrive un tsunami dont Noé lui-même ne pourra pas vous sauver ! L’Algérie est plus grande que quelque règne que ce soit ; les hommes passeront mais l’Algérie restera. Nous en avons assez de ce plat réchauffé du «qui-tue-qui» resservi à chaque visite française en Algérie en vue d’appuyer les négociations de contrats juteux en faveur de fafa et qui démontre que pour cette France en manque de repères et qui ne représente plus rien, l’argent n’a pas d’odeur. Ce pays déclinant n’a plus aucun poids dans la géostratégie mondiale – nous l’avons vu récemment avec les dossiers syriens et celui du nucléaire iranien – et devrait être éjecté du Conseil de sécurité de l’ONU, interdit d’assister à Genève II vu son implication meurtrière en Syrie et son travail de sape à toute initiative de paix, se soumettant dans une absolue obéissance aux desiderata de ses maîtres sionistes. Aujourd’hui, l’ère nouvelle a donné naissance à des pays émergents forts, riches, et le Conseil de sécurité hérité de la Seconde Guerre mondiale doit donner leur chance aux nouveaux Etats qui ont la capacité et les finances nécessaires, et surtout qui ne trimballent pas un passé colonialiste assassin. M. Trévidic devrait balayer devant sa porte et ne pas oublier que l’Algérie est un grand pays, souverain et indépendant depuis plus de cinquante ans. Nous ne sommes plus un département français et les émules de Sherlock Holmes devraient plutôt s’intéresser à l’Angolagate avant de vouloir déterrer les pauvres moines qui ont voulu partager le sort de centaines de milliers d’Algériens parmi lesquels figure notre Armée issue du peuple et qui a payé un lourd tribut. Nous, Algériens, savons qui nous a assassinés, quant à vous, M. le juge, il vous faut un bon guide indien pour trouver la piste du chemin du retour à la maison où vous regarderez un vieux western à la télé, l’un de ceux où John Wayne massacre les Indiens à tort et à travers. «Claudite jam rivos, pueri, sat prata biberunt» (Fermez les ruisseaux, esclaves, les prés ont assez bu). Le message civilisationnel de l’Occident ne change pas : meurtres, pillages, viols, accaparement des terres et des richesses. Quels que soient ceux qui manigancent le rapprochement avec la France du déclin de Hollande, via des messagers tels Delanoë et le juge Torquemada Trévidic, nous rappelons qu’il leur faudra plus que l’aval de la France pour être des présidents visionnaires capables de marquer l’Histoire. Il leur faudra d’abord correspondre aux attentes du peuple algérien qui a la mémoire bien plus longue que la leur, déficiente.


Mohsen Abdelmoumen